Le DC-3 de la petite
compagnie Aigle Azur décolla dans un grand vrombissement de moteurs. Lorsqu’il atteignit l’altitude de croisière, le régime des moteurs changea et l’avion se stabilisa à l’horizontale. Le ciel
était chargé de nuages gris et c’était très impressionnant de voir la masse énorme d’un avion rentrer dans cette épaisse mer de nuages.
J’ai fait la totalité du voyage l’œil collé au hublot. Nous survolâmes la France au-dessus d’une mer de nuages qui masquait le paysage. Au-delà des Pyrénées, le ciel s’éclaircit et nous pûmes admirer les paysages vus du ciel. La Terre vue du ciel est un ravissement, une carte en relief et en couleurs, avec le mouvement en plus. Je découvrais des panoramas somptueux : verts pâturages du Pays Basque ; villages aux maisons écrasées, à demi enterrées du Plateau castillan ; neiges éclatantes de la Sierra Nevada ; vertes olivaies d’Andalousie ; sombre rocher Gibraltar qui se dressait telle une sentinelle face à l’Afrique ; la mer d’un bleu turquin, entrecoupée de vagues d’écume ; aride massif du Rif où l’on devinait les tentes des nomades et les colonnes de méharis qui, de cette hauteur, nous paraissaient de la taille de souris. Enfin, Casablanca, première escale en terre africaine ; Villa Cisneros, éclatante de blancheur et de lumière ; Dakar, aux toits de chaume et de tôle qui scintillent au soleil comme des miroirs, avec quelques cases en béton en forme d’ogives blanchies à la chaux, pareilles à des iglous, proches de l’aéroport.
Après le plein de kérosène, l’avion s’envola. Il survola la réserve du Niokolo-Koba à basse altitude où des troupeaux de gazelles, de girafes, de gnous, de buffles, effrayés par le vrombissement de l’avion, couraient en débandade.
Atterrissage à Gbessia, l’aéroport de Conakry, sous un soleil couchant. Au sol, l’air était chaud, poisseux et humide. Un bus de la compagnie nous mena en ville soulevant un nuage de poussière et s’arrêta devant un hôtel au centre de Conakry : une bâtisse de style colonial située au centre de la ville. Sans doute était-ce un relais habituel pour les passagers en transit, car les boys se jetèrent sur nos bagages et, presque à notre insu, les emportèrent et les déposèrent dans le hall de l’hôtel.
J’ai pris une douche rafraîchissante et, en attendant l’heure du dîner, j’ai visité la ville à bord d’une calèche conduite par un cocher boutonneux et affable qui s’arrêtait toutes les cinq minutes pour me décrire les quartiers que nous traversions dans un langage « petit-nègre » en mangeant les « r », très couleur locale.
Conakry est bâtie sur la petite île de Tumbo, reliée à la presqu’île de Kaloum par une digue étroite et deux ponts métalliques : l’un, trop étroit pour permettre le croisement de deux véhicules, assurait le trafic routier entre l’île et le continent, l’autre assurait le trafic ferroviaire sur la ligne qui reliait Conakry à Kankan.
À l’exception de l’avenue principale, large et propre, qui desservait le palais du gouverneur, les rues bordées de manguiers lourdement chargés de fruits encore verts étaient étroites et sales. Les maisons, en banco lézardé par les pluies, aux toits de tôles rongées par le sel marin, donnaient à la ville un aspect lépreux.
Tout autre était le spectacle qu’offrait la corniche, bordée de cocotiers fortement inclinés sous l’effet du vent
du large, qui ceinturait la ville en épousant les sinuosités de la côte. Quel régal pour les yeux ! (à suivre)
Extrait de "Souvenirs de Guinée - éditions EDILIVRE - amazon.fr- alapage.com